28 février 2014

Semaine en poésie : JUAN GELMAN # 6

2014

commentaire XXXII

 

comme une bûche devenant
flamme de toi / tout investi
par toi / feu de toi / l'âme
monte jusqu'à toi / ou palais

que mouille ta salive comme
rosée de tendresse / ou
noce solaire de ta salive
changeant en pierre la parole

Extrait de "L'opération d'amour"

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27 février 2014

Semaine en poésie : JUAN GELMAN # 5

2014

X

tu dis des mots avec des arbres /
ils ont des feuilles qui chantent
et des oiseaux
qui amassent du soleil /

ton silence
réveille
les cris
du monde /

Extrait de "Salaires de l'impie"

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26 février 2014

PROMESSES, Julia Billet

201

Promesses

Julia Billet
Éditions Le Muscadier
Collection Place du Marché (ados)
Juin 2013, 64 pages

 

 

 

 

Quatre enfants habitent ce petit recueil, quatre enfants qui découvrent l’amitié et la font vivre.

Deux nouvelles, courtes. De celles qui peuvent plaire aux lecteurs adolescents, parce qu’elles ne sont pas « prise de tête », mais qu’elles évoquent et donnent sens à quelques unes des importantes questions que l’on se pose à cet âge.

Promesse(s). De rendre pérenne une amitié d’enfants et de la conduire jusqu’à l’adultité.

Déracinement(s) aussi.

Celui de deux garçons, Ankidou et Agostino, dans la première nouvelle, éponyme. Déboussolé, Ankidou, dans la grisaille d’un pays d’accueil qui ne sait guère l’accueillir, malgré de louables efforts. Dérouté par une culture complètement étrangère à la sienne. Mutique, Agostino, qui cache dans un silence obstiné son drame familial. Ils ne parlent pas la même langue. Et pourtant. Ils vont inventer leurs propres codes de communication (qui passera même par l’oralité !) et créer un lien indestructible grâce à une promesse qu’ils honoreront chaque année, jusqu’au bout de leur vie.

Quel est ce « fil invisible » qui lie Sarah et Fred, dans le deuxième texte ? Un fil qui résistera au temps, aux aléas. Un fil si solidement tissé que les deux enfants défieront tous les périls, les incertitudes, pour construire, en union, une harmonie de vie et de passion communes.

Ces deux nouvelles m’ont ravie. Pas de prétention didactique. Un partage, pour que la capacité de penser se développe. Pour que le sens se révèle. Une petite musique qui donne envie de croire que la relation à l’autre, la vraie, celle qui tonifie ceux qui la partagent, est capitale.


Chez Flo, (clic),  c’était le mois de la nouvelle. J’ai apporté avec plaisir quelques petits galets (dans ma plaine de Bièvre, la particularité architecturale ce sont les galets « roulés », mêlés au pisé, qui ornementent les façades), quelques galets donc à la mise en lumière d’un genre littéraire pas assez estimé.

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Semaine en poésie : Juan Gelman # 4

2014

XXV

ta pluie
laisse tomber des morceaux de temps /
morceaux d'infini /
morceaux de nous /

est-ce pour cela que nous sommes
sans maison ni mémoire ? /
unis dans le penser ?
comme des corps au soleil ?

Extrait de "Salaires de l'impie

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25 février 2014

Semaine en poésie : Juan Gelman # 3

 

2014

 

XXIV

t'aimer c'est ceci :
un mot qui reste à dire /
un arbre sans feuille
qui donne de l'ombre /

Extrait de "Salaires de l'impie"

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24 février 2014

Semaine en poésie : JUAN GELMAN # 2

2014

comme ma bouche en ta saveur /
comme mon oeil dans ta vue / ma 
chaleur de toi en toi / je cherche
ta saveur ta vue ta chaleur /

toi / ma faim / chevelure qui
brille dans la nuit / s'ouvre comme
le grand été de la lumière /
comme une oiselle faite de ciel /

illuminant rue après rue
le faubourg où passait mon âme
comme une âme si triste en toi /
écho / bijou de ton absence

Extrait de "L'opération d'amour"

 

Faire connaissance avec Juan Gelman, ici.

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23 février 2014

Semaine en poésie : JUAN GELMAN # 1

SALAIRES DE L'IMPIE GELMAN

L'animal

 

Je cohabite avec un obscur animal.
Ce que je fais de jour, il le mange de nuit.
Ce que je fais de nuit, il le mange de jour.
La seule chose qu'il ne mange pas c'est ma
mémoire. Il s'acharne à palper
la moindre de mes erreurs et de mes peurs.
Je ne le laisse pas dormir.
Je suis son obscur animal.

Extrait de "Salaires de l'impie"

 

 

 

Faire connaissance avec Juan Gelman, ici.

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22 février 2014

SEMAINE EN POÉSIE : Juan Gelman

2014

À partir de demain, et jusqu'au 1er  mars, chaque aube sera scandée par un poème de Juan Gelman.

Juan Gelman vient de quitter cette terre. Le mois dernier. Il n'est plus là pour dire si je fais erreur en affirmant qu'elle lui fut souffrance. Et inspiration. Et luttes. Et tendresse. Et convictions.
Le poète était d’origine Ukrainienne. Il n’est plus là pour constater les déchirements de sa nation ascendante. Il était juif, aussi. Juan Gelman est né en Argentine, en 1930. Ses premiers poèmes, publiés en 1941 (oui, 1941) par la revue Rojo y Negro, laissent paraître un enfant précoce.
Il a 15 ans que sa pensée se dirige déjà vers l’engagement politique ; il adhère à la Fédération des Jeunes Communistes Argentins. Il s’engage dans le journalisme à 30 ans. Âge auquel il commence à militer au sein d’une organisation de guérilla. En 1976, lorsqu’a lieu le coup d’état du général Videla, il est en mission à l’étranger pour dénoncer la violation des droits de l’homme du régime d’Isabel Peron. C’est, pour Juan Gelman, le début de l’exil.
« On dit qu'il ne faut pas remuer le passé, qu'il ne faut pas avoir les yeux sur la nuque, écrivait-il en 2008. Mais les blessures ne sont pas encore refermées. Elles vibrent dans le sous-sol de la société comme un cancer sans répit. Leur seul traitement est la vérité et ensuite la justice. L'oubli est à ce prix».
Il sait de quoi il parle, cet homme meurtri. Son fils, 20 ans, est enlevé par la junte en 1976 ; et avec lui sa belle-fille, 19 ans, enceinte de 7 mois. Il ne les reverra jamais. Ce n’est qu’en 1990 qu’il pourra identifier les restes de son fils et découvrir qu’il a été sauvagement torturé. Quant à la jeune femme, il n’en retrouvera jamais le corps. En 2000, cependant, c’est de sa petite-fille qu’il retrouve la trace. Elle a 23 ans ; à sa naissance elle a été illégalement remise à un couple Uruguayen. Comme plus de cinq cents enfants, dans le cadre du « plan Condor » mis en place par le Général Pinochet avec d’autres dictateurs. « Dans la tête des militaires, les bébés devaient être remis à des « familles saines », non susceptibles d’être « contaminées par des idées subversives ».

Juan Gelman avait notamment reçu en 2007 le plus prestigieux de tous pour le monde hispanophone, le prix Cervantes. Lors de sa remise, en Espagne, en avril 2008, sa petite fille Macarena Gelman, était au premier rang.

La deuxième raison de mon choix : Juan Gelman était un poète Argentin. L’Argentine est le pays invité d’honneur au Salon du livre de Paris, du 21 au 24 mars.

Tout au long de la semaine, je présenterai des poèmes extraits de deux recueils de Juan Gelman : « Salaires de l’impie » (2002)  et « L’opération d’amour » (2006).

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20 février 2014

LA COLLECTE DES MONSTRES – Emmanuelle Urien

LA COLLECTE DES MONSTRES - URIEN

La collecte des monstres
Emmanuelle Urien
Nouvelles, Gallimard, 2007
160 pages

 

 

 

J’ai tellement aimé « Court, noir et sans sucre » (clic) que j’ai été prise d’une irrésistible pulsion de poursuivre ma découverte des textes d’Emmanuelle Urien. Je ne regrette pas, mais pas du tout. Mais je rassure mes lecteurs fidèles : après ce recueil, on va faire une pause.

La collecte des monstres. J’aime bien le titre. Et après avoir fait la connaissance de ceux de ma précédente lecture, je m’attendais à pire encore. Eh bien, ce n’est pas vraiment ça. Et les monstres de ce recueil ne sont pas, pour la plupart, si monstrueux que cela.

Bien sûr Emmanuelle Urien trempe sa plume dans l’acide, dans le sang, et parfois dans les contradictions de l’humain. Et j’ai ressenti pour certains « monstres » une petite pointe de dilection. Comment dire ? Un sentiment que même si on n’excuse pas l’acte ignoble commis par l’un des protagonistes, on peut comprendre.

Quoique… « L’homme qu’il me faut » n’est pas tout à fait celui pour lequel je fantasmerais ! Et puis, en parcourant à nouveau le recueil pour rédiger mon billet, je me dis que j’ai surtout retenu les persécutés : Lilas, cette jeune étudiante, contrainte à se prostituer. Juliette, dans sa quête amoureuse. Aminata, petite fille victime d’une société aveugle et meurtrière. Bahtiyar, la « tête de turc ».

Coup de cœur pour deux des nouvelles.

Mergitur. Une équivoque en clair-obscur.

Converti en grammes. Ce n’est qu’à la fin du texte que j’ai compris où s’était retrouvé ce comptable et ce qu’on lui imposait de dénombrer.

Lire deux recueils d’Emmanuelle U. à la suite conduit forcément à s’entraîner à rechercher la « ficelle » narrative et à vouloir anticiper la chute. Je suis une lectrice un peu gobe-mouche, sans doute. Parce qu’en fait d’extrapolation, je suis souvent restée médusée !

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17 février 2014

LE KOALA TUEUR & AUTRES HISTOIRES DU BUSH - Kenneth Cook.

LE KOALA TUEUR

Le koala tueur & autres histoires du Bush
Kenneth Cook
Éditions Autrement, 2009
154 pages

 

 

 

 

 

 

 

La vie sexuelle des crocodiles (extrait du recueil)

Le bush australien de l'auteur est peuplé de créatures, humaines et animales, bien étranges, si on l'en croit. Et quelles raisons le lecteur aurait-il de n'y pas croire puisque Cook affirme que les aventures qu'il y a vécues sont absolument réelles ? "La valeur [d'une situation] réside dans son extravagance même, mais elle est si extravagante que l'on ne peut pas raisonnablement s'attendre à ce que quelqu'un y croie".Parmi les rencontres qu'il fit avec Blackie et ses serpents, Mary Anne Locher et les koalas, Vic et ses taïpans, Alan et son éléphante Annie, Namitiji et son chameau, Henry et son chat Cédric, il y eut aussi quelques rugueux téléscopages avec Ivan, Jack, Bulbul, Bert, Bill, Hans,  avec un sanglier furibond, aussi, et un chien prénommé Georges.

Il y a fort à parier que Kenneth Cook était un personnage original, son écriture en témoigne, d'ailleurs ! Mireille Vignol, la traductrice de ses textes, écrit en postface : "Nous découvrons un homme candide, sympathique, bon vivant, au raisonnement sain et absurde [...], dont la curiosité et la générosité finissent toujours par l'emporter sur la lâcheté, mais le mettent systématiquement dans le pétrin".

Ce qu'il va découvrir sur la sexualité des crocodiles et la manière dont il va décrire cette découverte confirme de façon éclatante l'avis de Mireille Vignol. 
Voilà notre narrateur accompagnant Roger, un professeur de sciences naturelles qui étudie les grands crocodiles d'estuaire du nord de l'Australie. Et comme souligne Kenneth C : "Les enthousiastes ne sont pas des gens comme les autres. Ils ne sont ni meilleurs ni pires : simplement différents". Il va en faire l'expérience. Roger se montre à la fois rationnel et peu prudent. Ce qui n'est pas sans faire progressivement monter le taux d'adrénaline de Kenneth C. Roger s'émerveille, pendant que Kenneth s'inquiète. Roger gazouille de bonheur, pendant que Kenneth grommelle. Roger photographie, pendant que Kenneth s'agrippe à son fusil. Roger protège l'espèce (des crocodiles), pendant que Kenneth veut protéger l'espèce (des humains). À tel point que Kenneth en était "presque à [se] méfier presque autant des experts en crocodiles que des crocodiles".

Mais la copulation, dans tout ça ? Heu, si je vous dis tout... C'est tout une aventure ! et pas vraiment jouissive pour les crocod'elles. À vous de voir... de lire... avec ou sans fusil, avec ou sans appareil photo (et en 1987, ils n'étaient pas numériques !)

En tout cas, moi, j'ai bien aimé cette lecture ré"jouissante" et même ré"jouissive" (je ne dois pas me sentir très solidaire des p'tites dames crocodiles...), jubilatoire, qui donne envie de filer en Australie, rien que pour se foutre la trouille en observant les crocos forniquer.

 

Et une nouvelle de plus pour remplir la besace de ma complice Flo (clic)

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