31 mai 2013

ANA NON, Agustin Gomez-Arcos

AGUSTIN GOMEZ ARCOS

Agustin Gomez-Arcos est né en 1933 à Almeria. Il est décédé à Paris, en 1988. Il était le neuvième enfant d'une famille républicaine. Passionné de théâtre, il est d'abord comédien, metteur en scène. Puis il traduit des pièces et finit par en écrire lui-même. Il sera censuré et quittera l'Espagne, en 1966. Il apprend le français et publie dans cette langue de nombreux romans, dont 'L'agneau carnivore', en 1975, 'Ana non' , pour lequel l'auteur a obtenu 'le prix du livre Inter' en 1978, est sorti le 22 mars 1977,.

 

Gomez-Arcos-Ana-non

Ana non, Ana Paücha, Anita... Une andalouse, une femme de la mer, du soleil. Anita, fille de pêcheur est éblouie par Pedro Paücha. Son amour - un amour sans parole - est prodigieux et réciproque. Ces deux-là vont concevoir trois enfants, José, Juan et Jesus, dit Le Petit. Mais la guerre lui confisque son bohneur, la dépouille, la dissout. Son mari et les deux aînés y perdent la vie. Jesus croupit en prison, dans le nord de l'Espagne. "Décolorée, dénaturée par le deuil, Ana non". Depuis trente ans, Ana Paücha s'étiole sans ses hommes.Elle se fâne, dépérit, s'appauvrit.

Elle a soixante-quinze ans. Elle sait qu'elle va vers la mort ; elle en accepte l'idée, puisqu'elle va partir à sa rencontre. Mais avant, elle veut revoir son enfant incarcéré. Alors, elle confectionne pour 'Le Petit' "le pain aux amandes, huilé, anisé et fortement sucré (un gâteau, dit-elle)" dont raffolait son fils, alors elle range et nettoie soigneusement sa maisonnette, alors elle ferme sa porte et entreprend un voyage, à pied, vers son fils. Un voyage qui va durer deux ans.Deux années d'une marche harassante, du sud au nord, le long de la voie de chemin de fer. À mesure que le corps d'Ana s'étiole,comme ce pain aux amandes, huilé, anisé et fortement sucré (un gâteau, pense-t-elle) se racornit, la pensée d'Ana non se déploie ; Gomez-Arcos lui fait vivre une intense métamorphose psychique. Cette vieille femme, qui a pris rendez-vous avec la mort à l'issue de sa pérégrination, 'Ana rebelle, Ana guerrière', s'ouvre au monde et à la conscience.
- Tout ce qu'il y a de plus noble et de plus misérable dans l'histoire de notre pays est passé par ici (lui explique l'aveugle initiateur qui chemine un temps avec elle, en traversant la vallée du Tormes, dans la province de Salamanque)
[...]
- Tu veux dire que nous sommes dans le berceau de toute notre culture, autrement dit de notre angoisse, répond 'Ana clairvoyante, Ana lucide, Ana cultivée'.

Le regard de Gomez-Arcos sur le franquisme est sans concession (on aurait pu s'en douter) ; le voyage initiatique dans lequel il emmène son héroïne, lui permet de brosser un tableau sinistre, effroyable de la société espagnole sous le régime du Caudillo."Un républicain, un rouge, n'a pas de patrie, pas de postérité". Le portrait qu'il dresse de cette femme courageuse et pourtant résignée (c'est pour cela qu'Ana Paücha est devenue Ana non) montre comment "on peut apprendre la haine" (en apprenant à lire, notamment). L'auteur n'épargne ni la religion, ni les bourgeois félons et perfides.

Mais c'est aussi une magnifique image de femme que le romanvcier donne à découvrir : Ana épouse, Ana mère, Ana travailleuse, Ana fière, Ana courage, Ana volontaire, Ana tenace... Ana deuil, Ana douleur, Ana souffrance, Ana martyre, Ana pauvreté... Ana cri, Ana sanglot, Ana grognement, Ana hurlement...Anita, Ana Paücha, Ana non...Ana tout et plus encore.

Vraiment un bouleversant roman. Je l'avais lu il y a une trentaine d'années. Je l'ai relu avec autant d'émotion. Du plaisir pour les yeux, pour la pensée.


Challenge a tout prix

C'est avec joie que j'inscris cette lecture au challenge de Laure (challenge 'À tout prix', ici), dans l'espoir que mon billet donnera l'envie de découvrir ce texte poignant.

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26 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - Paris 2013 : Eavan Boland

Marché de la poésie 2013

À sa propre image

Ce sont ses yeux :
les iris sont d'or
et ils tournent
comme la bague sur mon annulaire,
ils tournent et ils tournent

et je ne peux atteindre
ni leur histoire ni leurs larmes.
Penser qu'autrefois ils étaient mes satellites !
Ils m'ont exclue maintenant.
Quelles années-lumière !

Elle n'est plus moi,
elle n'est même plus
dans mon ciel
et moi,
je ne suis pas moi-même.

Je ne vais pas défigurer
son joli visage.
Qu'elle porte des empreintes
digitales d'améthyste, un bijou de famille,
une sorte de collier funéraire.

Je connais l'emplacement idéal :
là où le mur projette son ombre,
où germe la laitue,
où le jasmin ne cause pas
de surprise.

C'est là que je la coucherai,
là qu'elle fleurira,
ma seconde nature,
perfection unique
parmi les compromis.

Eavan Boland

eavan-boland

Eavan Boland est née en1944. Sa mère, Frances Kelly, est peintre, et son père diplomate. Elle passe une partie de son enfance à Londres (époque à laquelle elle se réfère volontiers pour exprimer son aversion de la culture anglaise moderne) puis le début de son adolescence à New York ; à son retour en Irlande en 1960, on la confie à un couvent de Dublin dont la rigidité la détourne de la foi catholique. Elle fait de brillantes études à Trinity College et épouse le romancier et dramaturge Kevin Casey. Elle publie en 1967 son premier recueil, New Territory, et se voue à l’écriture à partir de 1968.The War Horse (1975) consacre sa réputation de poète, confirmée par In Her Own Image (1980),Night Feed (1982), The Journey (1986). Volontiers narrative, sa poésie se place souvent sous le signe d’une confrontation avec l’étrangeté cruelle du quotidien.

Eavan Boland sera présente au Marché de la Poésie.


Sa bibliographie

  • 23 Poems. Dublin: Gallagher, 1962.
  • Autumn Essay. Dublin: Gallagher, 1963.
  • Eavan Boland Poetry/Prose Joseph O’Malley. Dublin: Gallagher, 1963.
  • New Territory. Dublin: Allen Figgis, 1967.
  • W. B. Yeats and His World. With Micheál Mac Liammóir. London: Thames, 1971; New York: Thames & Hudson, 1998.
  • The War Horse. London: Victor Gollancz, 1975.
  • In Her Own Image. Dublin: Arlen House, 1980.
  • Introducing Eavan Boland. Princeton, NJ: Ontario Review P, 1981.
  • Night Feed. Dublin: Arlen House, 1982. Reissue: Manchester: Carcanet Press, 1994.
  • The Journey and Other Poems. Dublin: Arlen House, 1986; Manchester: Carcanet Press, 1987.
  • Selected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1989.
  • Outside History. Manchester: Carcanet Press, 1990.
  • Outside History: Selected Poems 1980–1990. New York: Norton, 1990.
  • In a Time of Violence. New York: Norton, 1994; Manchester: Carcanet, 1994.
  • Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Object Lessons: The Life of the Woman and the Poet in Our Time. New York: Norton, 1995; Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Penguin Modern Poets: Carol Ann Duffy, Vicki Feaver, Eavan Boland. London: Penguin, 1995.
  • An Origin Like Water: Collected Poems 1967–1987. New York: Norton, 1996.
  • The Lost Land. Manchester: Carcanet Press, 1998.
  • The Lost Land: Poems. New York: Norton, 1998.
  • The Making of a Poem: A Norton Anthology of Poetic Forms. Ed. Eavan Boland and Mark Strand. New York: Norton, 2000.
  • Against Love Poetry. New York: Norton, 2001.
  • Code. Manchester: Carcanet Press, 2001.
  • Three Irish Poets: An Anthology: Eavan Boland, Paula Meehan, Mary O’Malley. Ed. Eavan Boland. Manchester: Carcanet Press, 2003.
  • After Every War: Twentieth-Century Women Poets. Trans. Eavan Boland. Princeton, NJ: Princeton UP, 2004.
  • New Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 2005.
  • Domestic Violence. Manchester: Carcanet Press, 2007; New York: Norton, 2007.
  • Irish Writers on Writing. Ed. San Antonio: Trinity University Press, 2007.
  • Selected Poems by Charlotte Mew. Ed. Manchester: Carcanet Press, 2008.
  • New Collected Poems. New York: Norton, 2008.
  • The Making of a Sonnet: A Norton Anthology. Ed. with Edward Hirsch. New York: Norton, 2008.
  • A Journey with Two Maps: Becoming A Woman Poet.(prose essays) Manchester: Carcanet Press, 2011; New York: Norton, 2011

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22 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013 : pas d'ici, pas d'ailleurs

PAS D'ICI, PAS D'AILLEURS

Les éditions 'VOIX D'ENCRE' ont publié, en juillet 2012, une remarquable 'Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines'. 156 voix de 28 pays se mêlent dans ce bel ouvrage qui regroupe 223 textes poétiques.

L’anthologie pas d’ici, pas d’ailleurs capte le pouls poétique des femmes poètes réparties sur les vastes territoires de la francophonie, à l’aube du troisième millénaire, autour d’une thématique universelle et résolument moderne, portant l’empreinte de Julia Kristeva : l’identité et l’altérité dans les pas qui nous mènent ici et ailleurs.

(...) Certaines poètes ont choisi de mettre en avant leur ancrage linguistique ou culturel, d’autres non ; certaines ont traité de tel ou tel aspect de leur « identité », pour s’en jouer, s’en revêtir ou s’en départir, quand d’autres ont tenté de défaire cette notion ; toutes ont surtout donné à lire et à entendre des textes qui, s’ils revendiquent finalement une appartenance, est bien l’appartenance à la poésie contemporaine d’expression française, une poésie qui peut être « déconcertante » et sans concession, et qui elle aussi s’attache à déconstruire les formes, dans la « distance exquise » de son héritage. Les formes plurielles cohabitant au sein de ce recueil témoignent de la distance prise avec l’ici et le maintenant, le là-bas et l’alors, et expriment un certain étoilement du moi qui éventuellement relèverait d’une subjectivité universelle, ou universellement féminine.

(...) Plus de centre, ni de marge, un étoilement donc, qui pourrait déstabiliser ceux qui affectionnent les repères, si ce n’était que l’écriture poétique reste, comme il se doit, le pôle d’appartenance et de ralliement prévalent, comme nous l’avons dit plus haut. « Écrire, c’est ébranler le monde », disait Barthes. Nos poètes sont modernes, parfois écorchées, cosmopolites, étrangères à elles-mêmes aussi, mais pas à leur propre écriture, qui peut jaillir de l’aliénation. Les pas semés mènent à l’écriture et celle-ci se présente comme étant résolument polymorphe, reflétant bien la déconstruction annoncée par le thème.

C'est Sabine Huynh, l'une des auteures (avec Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire) qui signe de cette façon la quatrième de couverture.

Marché de la poésie 2013

Si je vous propose la découverte de ce livre, c'est qu'à Paris, Place Saint Sulpice, le 7 juin, à 14 h 30, des lectures seront données d'une soixantaine de ces poèmes.

Sept périodes, sept temps, scandent l'ouvrage :

- Sous les cieux de l'errance
- Dans les flots du temps
- Au royaume des ombres
- Sur l'île de la nitescence
- Dans les contrée de l'intime
- Vers les caps de l'imaginaire
- Sous une voûte de voix et d'encre

La part belle est certes donnée aux poétesses françaises, mais on peut rencontrer les vers de voix canadiennes, belges, roumaines, tunisiennes, algériennes, suisses, marocaines, ivoiriennes, libanaises, martiniquaises, argentines, brésiliennes, syriennes, espagnoles, brunéiennes, mauriciennes, allemandes, haïtiennes, mexicaines, japonaises, congolaises, colombiennes, viétnamiennes, italiennes, monégasques, portugaises, burkinabè.

Au hasard de ces belles pages :

Partir

Ulysse en moi chevauche des marées
La mer a son visage ou peut-être le mien
L'esquif a pris au mot la lame et les embruns

Ulysse
Quelle neige s'éprend de ton doux repartir
Et sème du levant sur ce qui va finir ?

Béatrice Libert


Béatrice Libert

Née à Amay-sur-Meuse, en Wallonie, Béatrice Libert vit à Liège. Professeur de français dans le secondaire, elle est aussi bibliothécaire, critique de poésie et  animatrice en ateliers d'écriture. Elle a publié des poèmes, des essais et des nouvelles. Elle écrit aussi pour la jeunesse. Passionnée par l'art sous toutes  ses formes, elle collabore avec des artistes peintres, graveurs, photographes, musiciens, et donne des récitals en duo avec la harpiste liégeoise Angélique Giorgio.

 

En avril 2000, elle a été reçue comme "visiting professor" à l'Université de Denison, en Ohio. Elle est également correspondante pour la Belgique francophone du magazine culturel Pourtours (Marseille, Autre Temps). Elle collabore à de nombreuses revues et anthologies. Ses poèmes sont traduits en plusieurs langues.

 

 

 

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21 mai 2013

COMME DES TRAINS DANS LA NUIT, Anne Percin

comme-des-trains dans la nuit anne percin

Quatre nouvelles destinées aux adolescents, quatre nouvelles que les adultes ne peuvent qu'apprécier.

Comme des trains dans la nuit, des enfants foncent vers leur adultité, deux par deux. Trois des récits sont à la première personne, dans un langage "délibérément" ado qui m'a, au début, un peu rebutée. À priori, je n'apprécie pas quand les adultes parlent à la manière de... parce que je ne suis jamais sûre que les codes sociaux soient respectés, compris et transmis correctement. Cette petite réserve n'a pas tenu très longtemps. La narration m'a très vite submergée, emportée dans ces mondes "galère" décrits avec réalisme et sensibilité.

*********

Marco vit dans une ferme, empuantie par le fumier que son père épand, recouvre d'une bâche et laisse chauffer au soleil. Marco a l'impression d'être imprégné de cette pestilence, au point de s'asperger généreusement - très généreusement - de parfum lorsqu'il se rend au LEP qui accueille son désintérêt scolaire, sa démotivation latente et persistante. C'est là qu'il fait la connaissance de Ryan, un ado comme lui, dont le prénom cache l'identité "rebeu". Ces deux-là vont s'engouffrer dans des tribulations plus que pitoyables.

**********

Tony et Naïma... le lecteur, avec eux, découvre la beauté de la découverte de l'amour. C'est la seule nouvelle paisible de ce recueil...

**********

Kurt Cobain, du groupe Nirvana, vient de se suicider. Pour ces deux jeunes, c'est le monde qui s'effondre.

**********

Julien et Christine, cousins que rien ne rapproche. Et pourtant ! Un lourd secret de famille... Nous sommes en 1968.

**********

Nouvelles destinées aux adolescents, destinées d'adolescents. Des enfants paumés, décalés, meurtris, en détresse.
L'art d'Anne Percin, c'est la chute.
Alors que le monde dans lequels ils évoluent est noir, sordide, nauséabond, alors que ces huit jeunes, de milieux sociaux différents, à des époques différentes, se jettent à corps perdu dans une nuit saumâtre, violente, funeste, c'est un évènement inattendu qui fait basculer leur existence. Un évènement rédempteur, libérateur. Au bout de la nuit... la lumière, la vie, la reviviscence.

**********

C'est à Anne que je dois le plaisir de cette lecture. C'est chez elle que j'avais puisé cette référence. Son billet ICI

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19 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013 - JOHN MONTAGUE

Marché de la poésie 2013

 

Bruit de blessure

Qui sait
la musique d'une blessure ?
Peau cousue
se déchire, vieille douleur
se rouvre
parfois, quand le corps du violon
se plaint
épouse et porte le chant, épouse
et porte la peine (lents troupeaux
de bétail
entrant en prairies grasses, tourbe noire)
du rythme pastoral

Je clame
que civilisation mourut ici ; 
qui tremble sous mon pied comme je gravis ces
bases, tristes
collines : qui rugit dans le flux
de mon sang comme 
j'entends chevroements du mépris saxon,
Westminster
va au diable qui ne vaut pas 
ces étranges
pierres sculptées stables de cinq mille ans,
croix seule résistante.

Cette aigreur
je l'hérite de mon père, essaim
du sang
à la cervelle, le dégoût de vomi
de haine raciale
la victime contemplant colon jacobite
imprudent
l'oppresseur, le marine bardé d'insignes,
qui épar-
pilla ses dieux lares, utilisa comme
serviteurs
son peuple, leva ses femmes comme
du gibier.

john-montague

John Montague - Extrait de La Langue Greffée - 1988 - Belin, L'extrême contemporain

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18 mai 2013

IMPASSE DE L'OCÉAN ; Hubert Haddad

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Après avoir reçu le prix Louis Guilloux 2013 pour son roman Le Peintre d'Éventail, Hubert Haddad est actuellement présent au festival "Étonnants Voyageurs" de Saint Malo ; ce même roman est en lice pour le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs.

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J'ai retrouvé un texte inédit d'Hubert Haddad. Il date de 1995 et il me fait plaisir de le partager.

 

Impasse de l'océan

1.
La terre attend miséricorde
Un couteau sombre au fond
du corps
j'ausculte la nuit

2.
Dans l'instant l'absolu
Vivre enfin
sans obsession millénaire

3.
Mille ans, cent mille ?
Ténèbres où nulle ne m'aborde
L'enfance a passé le pas d'étermité
Tout est envol

Nous ne sommes pas

4.
J'ignore mon mystère et vos pouvoirs
Notre rencontre ne peut être qu'abandon
de l'un au même
jusqu'à l'oubli lumineux

5.
Paupières cousues des morts :
le sang s'est enfoncé derrière les os
Pâleur comme une émotion
absolument rentrée

6.
L'aventure de la poussière
n'intéresse pas la montagne
(quand l'enfant des marécages
ciel fou en tête
ouvre une fenêtre dans sa poitrine)
À l'heure des seins nus
le génie veille

7.
La nuit égale la nuit
Tout chemin est solitaire
et l'Égarée ignore son guide
Ne songe plus au triste palais d'Euclide
Cours vers les marécages
palatiaux !

8.
Bruit des rochers immenses
dans ce silence de songe
Il neige un duvet d'ange
Un dieu s'ébroue parmi sa garde-robe
L'enfant à la valise transporte son corps
à la morge d'Idumée

9.
Dante ou pas dans tes pas
L'éternité agie
Comme l'ange des mémoires chues
Au visage assagi
Le temps ou pas

La vie si haut tenue

10.
Le monde est ma déchirure
Il faut aimer à en perdre la vie
lutter sans détruire un seul jour
changer la mort en espérance
Comme un combat le licornes
sur la place des fusillés

11.
Le temps est ce cristal posé
entre vous et moi
lointaine à ma semblance

Nous nous reverrons dans le plus bel ici

 

16 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013

Marché de la poésie 2013

Du 6 au 9 juin, se déroulera, à Paris, Place Saint-Sulpice, le MARCHÉ DE LA POÉSIE. 

Dédié à la poésie irlandaise, à la poésie slovène et encore à la poésie féminine internationale. Jusqu'à cette date (mais de manière irrégulière), je consacrerai mes billets à ces poètes qu'il sera possible de rencontrer ou d'entendre par la voix d'autres.

Dimanche, c'est John Montague que je mettrai à l'honneur. Il fait partie des poètes présents au Marché de la Poésie.
Aujourd'hui, je vais le présenter.

john-montague

Il est né en 1929, à Brooklin. Il a passé son enfance dans la ferme de ses tantes, dans le comté de Tyrone, puis a fait ses études secondaires à Armagh et ses études supérieures à l’University College de Dublin, qu’il est allé compléter aux États-Unis. Il a longtemps vécu à Paris, rue Daguerre, et entretient depuis trente ans avec la culture française et les poètes français contemporains un dialogue d’une grande richesse ; il est notamment membre du comité de la revuePoésie. Traduit très tôt en français par Claude Esteban, Serge Fauchereau, Michel Deguy, il est avec Thomas Kinsella le plus remarquable des poètes de la génération qui suit immédiatement celle de Kavanagh et d’Austin Clarke. Universitaire (il a enseigné à l’University College de Cork de 1972 à 1988), éditeur d’anthologies de la poésie irlandaise (The Faber Book of Irish Verse en 1974 et, plus récemment, Bitter Harvest, de moindre ampleur et de propos différent), auteur d’une autobiographie (The Lost Notebook, 1987) et d’un recueil de nouvelles (Death of a Chieftain, 1964), son œuvre poétique proprement dite porte, surtout dans les années 60, la marque d’une interrogation anxieuse sur les malheurs qui ont frappé la terre d’Irlande (Poisoned Lands, 1961). Issu des milieux catholiques d’Ulster, marqué par son séjour aux États-Unis, il est avant tout un poète de la mémoire, de la réminiscence et du rêve. Ses principaux recueils sont A Chosen Light (1967), Tides (1970), The Rough Field (1972), A Slow Dance (1975), The Great Cloak (1978), The Dead Kingdom (1984),Mount Eagle (1988). Deux anthologies de ses poèmes ont paru en français : La Langue greffée (éd. Belin) et Amours, marées (éd. William Blake).

J'ai extrait cette biographie de "Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle", parue chez Verdier, en 1996.

Un petit avant-goût...

Face cachée

J'ai vu les hautes
traînées de vapeur des
derniers destroyers
en rêve :
j'ai vu la grise
face cachée de la lune
s'approcher en glissant de la terre...

In "La Langue Greffée" - Belin (L'extrême Contemporain) - 1988

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15 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013 - SERGE PEY, Président d'honneur

Marché de la poésie 2013

Du 6 au 9 juin, place Saint Sulpice, se tiendra le 31ème marché de la poésie (le 1er pour moi). Serge Pey en est le président d'honneur. C'est à Vienne, à la Librairie Lucioles, que j'ai rencontré Serge Pey (son site est ICI). Un homme de poésie, de philosophie, de roman. Un homme engagé, qui dit son engagement, qui hurle ses combats et ceux de ses ascendants, un homme au verbe haut, tonitruant. Un homme qui m'a fascinée par sa présence physique, par la puissance de ses mots.  Il dit écrire de la poésie d'action. Un homme qui théâtralise ses pensées. Un homme qui pleure quand il lit l'histoire qu'il a écrite sur sa mère. Un homme qui émeut, dont la superbe touche.

SERGE PEY

Ce jour-là, le 10 mars 2012, en Isère, il présentait son dernier recueil de nouvelles : 'Le Trésor de la guerre d'Espagne". C'est ICI que j'en avais dithyrambiquement parlé.

Serge Pey, c'est aussi CECI, CELA, et tant d'autres mots conjugués, tricotés, inscrits dans les bâtons avec lesquels il réalise ses scansions.

Serge Pey... encore (et je ne m'en lasse pas) : Dialogue avec Ibn Hazm - Rituel des renversements

- Quel âge as-tu ?

- Une heure
car je viens de donner
un baiser à celle que j'aime.

- Quel âge as-tu ?
- L'âge de l'éternité
car j'ai donné un baiser au baiser

- Quand es-tu né ?
- Quand toi tu commenceras à naître
et quand le baiser s'embrassera
sans que j'ai besoin de ma bouche
pour le donner

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13 mai 2013

LETTRES D'UN INCONNU

 

Lettre 1

Ce matin, dans ma boîte, une belle enveloppe, mon nom et mon adresse manuscrits, un beau timbre... Superbe surprise ! J'avais oublié que, désormais chaque mois, je recevrai un courrier original.

 

 

 

Lettre 2

 

 

 

Il provient de "Lettres d'un inconnu", un site qui propose "renouer avec le plaisir de recevoir de belles lettres". 

Lettre 3

 

 

 

 

Celle du mois de mai a été rédigée par Jean-Pierre Roubaud, musicien-compositeur, et adressée à l'une de ses amies après avoir collaboré avec elle au montage d'un spectacle pour 80 guitares qu'il avait lui-même composé.

 

 

 

Écriture musicale, plume légère, style saccadé... émotion, rencontre, partage

Lettre 4

.

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12 mai 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Benoît Auffret

 

Jean Paul Gautier

Jean-Paul Gautier - Maison forte - Royas (2010)
son site ICI

La fenêtre a grandi
Les rideaux ne sont plus de son âge
Les murs sont troués
Comme après fusillades
Je passe à l'Ouest
Je traverse un couloir d'air froid
No man's land ignoré de tous
Sauf de moi
Et de toi qui vient étendre
Tes caresses de coton
Lavées durant la nuit
Bonne odeur de savon
Blessure de pince à linge
Fixée à même mon coeur

Benoît Auffret - extrait de Courte lampe (1993) Le Dé Bleu éditions

 

POÉTISONS


Le jeu

Poétisons ensemble...
Dimanche 28 avril,  Anis Anne,  Fransoaz, Jeanne, Marilyne, Sido se sont jointes à moi pour faire chanter les mots. (clic sur leurs prénoms pour aller chez elles)
La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

 

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