12 mai 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Benoît Auffret

 

Jean Paul Gautier

Jean-Paul Gautier - Maison forte - Royas (2010)
son site ICI

La fenêtre a grandi
Les rideaux ne sont plus de son âge
Les murs sont troués
Comme après fusillades
Je passe à l'Ouest
Je traverse un couloir d'air froid
No man's land ignoré de tous
Sauf de moi
Et de toi qui vient étendre
Tes caresses de coton
Lavées durant la nuit
Bonne odeur de savon
Blessure de pince à linge
Fixée à même mon coeur

Benoît Auffret - extrait de Courte lampe (1993) Le Dé Bleu éditions

 

POÉTISONS


Le jeu

Poétisons ensemble...
Dimanche 28 avril,  Anis Anne,  Fransoaz, Jeanne, Marilyne, Sido se sont jointes à moi pour faire chanter les mots. (clic sur leurs prénoms pour aller chez elles)
La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

 

Posté par C Martine à 07:26 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Benoît Auffret

  • Retrait

    Ma main droite (qui croirait cela d'elle aujourd'hui?)
    fut jadis une rose ouverte
    pleine de papillons.
    Soudain, presque sans préparation,
    comme quelqu'un que l'on heurte et qui tombe,
    elle a perdu ses feuilles
    et parut blême et nue :
    une main humaine
    comme toutes les autres.
    Tu te souviens.
    La coupe de ma main gauche,
    qui désaltérait tes oiseaux,
    se brisa.
    Tu sais comme les éclats
    sont restés longtemps dans notre jardin.
    C'est vrai, je pouvais alors me changer
    en mur de vigne en fleurs
    pour tes abeilles.
    La saison importait peu,
    avant ce jour
    où j'ai posé mes mains sur la table
    - mes mains vides.

    Depuis je suis devenue modeste,
    j'emporte un filet quand je vais au marché,
    où l'on pèse, où l'on découpe,
    et je t'ai acheté des tasses et des assiettes
    comme une vraie maîtresse de maison.

    Mais quand tu pleures
    et quand dans ton sommeil
    inconsolable tu te plains,
    alors il pousse à mon cœur
    de petites ailes de douleur,
    et je sens son impatience
    dans ma gorge,
    à m'en ôter le souffle.

    Poème d'Hilde Domin, traduit de l'allemand par Jeanne Guillon. Voici le poème original (paru chez Fischer)

    Rückzug

    Meine Rechte (wer glaubt es ihr heut?)
    war einstmals eine offene Rose
    voller Schmetterlinge.
    Plötzlich, fast ohne Vorbereitung,
    wie einer gestossen wird und fällt,
    hat sie ihre Blätter verloren
    und war blass und nackt :
    eine Menschenhand
    wie alle andern.
    Du erinnerst dich.
    Die Schale meiner Linken,
    die deine Vögel tränkte,
    zerbrach.
    Du weisst, wie lange die Scherben
    in unserem Garten lagen.
    Es ist wahr, ich konnte mich damals
    in eine Wand von blühendem Wein verwandeln
    für deine Bienen.
    Die Jahreszeit war
    kaum von Bedeutung -
    vor diesem Tag,
    an dem ich meine Hände,
    auf den Tisch legte,
    und sie leer waren.

    Seither bin ich bescheiden geworden,
    ich gehe mit einem Netz auf den Markt,
    wo gewogen und abgeschnitten wird,
    und habe dir Tassen und Teller gekauft
    wie eine richtige Hausfrau.

    Aber wenn du weinst
    und dich hilflos
    im Schlafe beklagst,
    dann wachsen meinem Herzen
    kleine schmerzende Flügel,
    und ich fühle seine Ungeduld
    in meinem Hals,
    dass mir der Atem vergeht.

    Posté par Jeanne, 12 mai 2013 à 11:57 | | Répondre
    • Oiseaux à racines


      Mes paroles sont des oiseaux
      
à racines
      
toujours plus profondes
      
toujours plus hautes
      
cordon ombilical.
      
Le bleu du jour s’épuise

      les mots sont allés dormir

      Hilde Domin

      Posté par Mrtine, 12 mai 2013 à 16:12 | | Répondre
  • 30 mai 1932

    Il n'y a plus que toi et moi dans la mansarde
    Mon père
    Les murs sont écroulés
    La chair s'est écroulée
    Des gravats de ciel bleu tombent de tout côtés.
    Je vois mieux ton visage
    Tu pleures
    Et cette nuit nous avons le même âge
    Au bord des mains qu'elle a laissées
    La pendule qui sonne et le sang qui recule
    il n'y a plus personne
    Maison fermée
    Le vent qui pousse au loin une étoile avancée
    il n'y a plus personne
    Et tu es là mon père
    Et comme un liseron
    Mon bras grimpe à ton bras
    Tu effaces mes larmes
    en te brûlant les doigts.

    René-Guy Cadou .

    Jean Rouaud Cadou Loire intérieure éditions Joca Seria

    Posté par laurence, 12 mai 2013 à 17:59 | | Répondre
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