02 avril 2013

L'HOMME SEMENCE ; Violette Ailhaud

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1851... 2 décembre...Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République deux ans auparavant, s'empare de la totalité du pouvoir. Le pays ne réagit que peu à ce coup d'État, sauf en Provence. La suite de cette partie méconnue de l'Histoire est ici.

En 1852, Violette Ailhaud est en âge de se marier quand son village des Basses-Alpes est brutalement privé de tous ses hommes par la répression qui suit le soulèvement républicain de décembre 1851. Deux ans passent dans un isolement total. Entre femmes, serment est fait que si un homme vient, il sera leur mari commun, afin que la vie continue dans le ventre de chacune.

Fiction ou réalité ? Les traces de l'auteure de ce très (très) court texte - 39 pages au format 10 x 16 - les traces de Violette Ailhaud se perdent sur les lieux mêmes où elle dit avoir écrit ce manuscrit (ici), en 1919, parce que pour la seconde fois en presque 70 ans, son village vient de perdre tous ses hommes. Mais que ce soit fiction ou réalité, là n'est pas l'essentiel.

Violette a 16 ans et demi, en 1851, elle est promise à Martin. Et Martin va disparaître dans cette tourmente répressive en même temps que les autres hommes. Violette n'a connu que les prémices de l'état amoureux, elle ignore tout de la rencontre des corps, du désir et du plaisir. "J'ai programmé notre relation comme un simple échange fonctionnel", écrit Violette.

L'homme semence - Violette Ailhaud

Quand l'homme arrive, toutes ces femmes au ventre stérile se tendent vers son potentiel séminatoire. Peu importe qui il est, d'où il vient... Et tout ce qu'elles ont rêvé, imaginé de cet homme pour redonner vie au village va s'accomplir. Tout ce qu'elles avaient prévu... sauf l'amour qui naît, violent et émerveillé dans le coeur de Violette. "Soudain je prends conscience du souffle de la respiration du Jean dans ma nuque. Je continue à tourner les pages, mais les mots du livre s'effacent. Je suis toute entière à l'écoute de ce vent léger dans lequel les cheveux échappés de mon chignon semblent jouer à se laisser boucler. Bien que nous ne nous touchions pas, je sens la chaleur du corps du Jean et son odeur."  

Jean a fait "le travail", parce que c'est "un travail d'homme". Parce qu'il aime le "travail bien fait". Mais, dit-il,  "je ferai ce travail sans amour, car l'amour je le garde pour nous."

Un court texte, sensuel et pudique. Ramassé. Dense. Des valeurs à partager : la liberté, le désir de vie, la solidarité, la résistance. Une écriture de femme.

Un coup de coeur pour moi.

 

L'homme semence. Violette Ailhaud - Éditions Paroles - Collection main de femme - 6ème édition : juin 2012

 

Posté par C Martine à 20:30 - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'HOMME SEMENCE ; Violette Ailhaud

    Tu me donnes vraiment envie de découvrir ce texte si étrange...

    Posté par Anis, 02 avril 2013 à 21:16 | | Répondre
    • Je me doutais que j'allais exciter ta curiosité C'est un livre que l'on lit en un rien de temps, mais qui reste profondément ancré pendant longtemps.

      Posté par Martine, 03 avril 2013 à 07:47 | | Répondre
  • Je sais d'où vient ce petit livre... j'ai le même, mais je ne l'ai pas encore lu !!

    Posté par Anne, 03 avril 2013 à 10:23 | | Répondre
    • de chez Pippa, c'est évident ! Nous avons le bonheur commun de connaître ce lieu magique, où romans, poésies, peintures et autres objets d'art se disputent quelques mètres carrés de rencontres et de merveilles.
      Oh ! Anne ! ce petit livre, ce tout petit livre... tu ne l'as pas encore lu ? Je n'en crois pas mes yeux !

      Posté par Martine, 03 avril 2013 à 14:19 | | Répondre
  • Vous me donnez envie de découvrir ce livre. Merci.

    Posté par Bonheur du jour, 04 avril 2013 à 06:37 | | Répondre
    • Un livre très court, très dense, un cri d'amour à la vie.

      Posté par Martine, 04 avril 2013 à 08:53 | | Répondre
  • On m'en a parlé il y a peu et j'ai vraiment très très envie de le lire.

    Posté par jerome, 04 avril 2013 à 19:57 | | Répondre
    • C'est Brigitte, des éditions Pippa, qui me l'a mis entre les mains... quelques mots d'elle... et j'ai craqué. Je ne regrette pas d'avoir été séduite. À lire, absolument ! Une lecture très forte.

      Posté par Martine, 04 avril 2013 à 20:31 | | Répondre
      • Jérôme, voilà un autre exutoire possible ! (Martine, pour comprendre, il faut venir lire les commentaires sur "Je nous trouve beaux" par chez moi)

        Posté par Anne, 04 avril 2013 à 20:42 | | Répondre
        • Tout est encore une question de zizi...mais l'essentiel est peut-être de savoir comment on l’utilise et à quelles fins....

          Posté par Martine, 05 avril 2013 à 06:40 | | Répondre
        • Forcément que j'y ai pensé^^
          ça va devenir une vraie obsession ces histoires de zizi, je vais finir chez le psy à cause de vous...

          Posté par jerome, 05 avril 2013 à 13:17 | | Répondre
          • Faut peut-être alors que tu changes de boucher. Là c'est Anne qui ne va pas comprendre ! ^^
            Alors à son intention et à celle de ceux qui se demandent bien de quel étrange et un peu chaud dialogue (non, tri-logue) il s'agit... un lien intéressant à suivre de toute urgence :
            http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2013/04/le-premier-mardi-cest-permis-15-le.html

            Posté par Martine, 05 avril 2013 à 14:25 | | Répondre
          • Si, si, j'ai lu et commenté cette histoire de boucher... Bon, allez, fini de rre, on va se coucher et on n'y pense plus ^_^

            Posté par Anne, 06 avril 2013 à 23:20 | | Répondre
  • Effectivement, ça a l'air assez curieux... je ne sais pas cependant si je vais le lire... enfin, je vais toujours voir si je peux en lire un peu plus...

    Posté par Marc Lef, 06 avril 2013 à 08:39 | | Répondre
    • Difficile d'en lire "un peu plus", sans lire l'intégralité ! Ce roman est si court !

      Posté par Martine, 06 avril 2013 à 15:57 | | Répondre
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