01 avril 2013

QUELQUES PAS DANS LES PAS D'UN ANGE ; David McNeil

David McNeil, pour celles et ceux qui, comme moi, vivent hors-people, pourrait être un ALNI (auteur littéraire non identifié). En réalité, son père était un "Maître", et ses prestigieux interprètres le qualifient aujourd'hui de "Maître". Avant de passer à l'objet principal de ce billet, il me semble important de donner quelques éléments de sa bibliographie.

David McNeil, est surtout connu comme parolier, interprète aussi. Parolier de Montand, Souchon, Distel, Charlebois,Clerc, Dutronc, Voulzy, Renaud...

Interprète, David Mc Neil ?

En voici la preuve, qui servira d'indice et d'introduction à l'objet de ce billet. 

 

David McNeil est en effet le fils de Marc Chagall. Et David est aussi écrivain : romans, livres pour la jeunesse, depuis 1977... 

david-mcneil-quelques-pas-dans-les-pas-d-un-ange

Quelques pas dans les pas d'un ange, paru en 2003, c'est le récit de la relation de l'auteur avec l'auteur de ses jours. "Ce livre est court, beaucoup trop court. Il raconte les rares moments que j'ai pu passer avec celui qu'autour de oi tout le monde appelait "Maître" et que moi j'appelais simplement papa..."

Court, certes, mais nourri des souvenirs d'enfance, tendres, parfois douloureux. David est un des enfants nés du deuxième mariage de Marc Chagall avecValentina Brodski. Sa première épouse, Bella Rosenfeld, sa muse, est décédée brutalement pendant leur exil aux États-Unis. "Tout est devenu ténèbres".Mais Valentina Brodski, quittera Marc Chagall pour un photographe et emmènera ses enfants en Belgique. Ida, la première fille du peintre, imaginant que son père n'est pas en mesure de supporter la solitude, joue les marieuses en lui présentant celle qui deviendra sa troisième femme : "Elle", comme la nomme l'enfant (et plus tard l'adulte) qui vient passer quelques jours de ses vacances auprès de son père. Cette manière de la désigner montre le peu de sympathie qu'il éprouve pour cette femme qu'il décrit comme rigide, intolérante... une véritable gorgone ! 

Ce livre, à petits traits, emmène son lecteur dans l'univers du peintre, vu par les yeux de son fils. Pas de détails intimistes, mais plutôt une délicate plongée dans un monde d'artistes. On y rencontre Picasso :

"Aimez-vous Picasso ? demanda un jour un jeune journaliste à papa.
- Si Picasso m'aime, moi je l'aime aussi, répondit mon père."

On y croise Matisse, avec lequel Chagall s'était brouillé pour une histoire de chapelle. "La cause de la brouille entre les deux amis est stupidement simple :papa voulait le petit sanctuaire sur la route de Coursegoules pour en faire une chapelle comme Cocteau à Villefranche et on lui avait bêtement refusé, donnant le feu vert à Matisse pour ériger la sienne." On craint pour la vie de Soutine, lorsque, pour terminer sa célèbre toile du "boeuf écorché", il l'arrose de sang frais et que Chagall pense à un assassinat en voyant le sang filtrer au plafond. On comprend pourquoi, à la fin de sa vie, il a peint une multitude de glaïeuls : " "Elle" lui expliqua un jour que ses sujets bibliques, ses vieux juifs miséreux dans leur shtetls en ruine, ses rabbins déprimants serrant de vieilles torahs dans des cases en rondins n'intéressaient personne et fichaient le cafard aux enfants de ces gens qui vivaient maintenant dans des appartements sur la Cinquième Avenue et plus dans les ghettos, que ça se vendait mal, ce que les gens voulaient c'était du bonheur, des couples d'amoureux et des bouquets de fleurs, qu'il était évident que s'il peignait comme ça, il pouvait faie des vues de Saint Paul plutôt que de Vitebsk...".

Alors voilà...

Il me reste maintenant à dévoiler ce qui a motivé la lecture de ce livre. C'est au sortir de quelques trop brèves heures passées au Musée du Luxembourg, que, dans l'émotion ressentie, j'ai eu envie de chercher le mystère de l'homme.

chagall exode

L'exode est sans doute la toile qui m'a le plus troublée. Je n'ai aucune compétence pour en faire l'analyse, mais j'ai été frappée par ce fourmillement de mains blanches (que le visuel ne rend pas vraiment) dans ce tableau sombre qui met en scène la crucifixion, symbole de la souffrance humaine, thème récurrent chez Chagall. Dans d'autres oeuvres, il mêle à ce thème de l'iconographie chrétienne des objets rituels du judaïsme tel le tallit (châle de prière) autour de la taille du Christ, le chandelier à sept branches, la mézouza (symbole de la protection que Dieu accorde à la maison, ses habitants et ses visiteurs)

Chagall bella et ida à la fenêtre

L'exposition Chagall "Entre guerre et paix", est ouverte jusqu'au 21 juillet. Le parallèle entre les images de guerre et les images de paix révèle la complexité d'une oeuvre qui ne se réduit jamais à un genre donné, mais intègre les évènements, les situations et les émotions de l'artiste. Ainsi, selon les circonstances, Chagall visite et revisite certains thèmes, les enrichissant à chaque fois d'une dimension personnelle : sa ville natale de Vitebsk, les traditions juives de son enfance, les épisodes bibliques dont la Crucifixion, ainsi que le couple et la famille.

Chagall Dans la nuit

Commençant avec la Première Guerre mondiale, le parcours de l'exposition illustre quatre étape-clés de la vie et de l'oeuvre de Chagall : la Russie en temps de guerre, l'entre-deux-guerres en France, l'exil aux États-Unis et le retour en France.

 

Chagall Le paysage bleu

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Commentaires sur QUELQUES PAS DANS LES PAS D'UN ANGE ; David McNeil

    Belle lecture, belle visite, beau billet. Et l'une de mes toiles préférées

    Posté par Marilyne, 01 avril 2013 à 09:01 | | Répondre
  • Merci pour ce partage ! Je ne savais pas que David McNeil (qui a écrit un pour Julien Clerc, je connaissais au moins ça ) était le fils de Mac Chagall...

    Posté par Anne, 01 avril 2013 à 11:14 | | Répondre
  • J'adore Chagall... Quelques pas dans les pas d'un ange est un livre que j'aimerai découvrir. Bizzz !

    Posté par soukee, 02 avril 2013 à 10:21 | | Répondre
    • Es-tu allée admirer l'exposition ?

      Posté par Martine, 03 avril 2013 à 14:51 | | Répondre
      • Non... Tu vas sourire, mais ma fatigue m'empêche de profiter de Paris ces derniers temps. J'ai besoin de temps pour moi sans courir partout... J'espère que ça va aller mieux très vite !

        Posté par soukee, 07 avril 2013 à 15:43 | | Répondre
  • Je m'arrête sur ce billet qui me rappelle une lecture que je m'étais promis de faire, après avoir vu l'exposition Chagall à Roubaix. En Folio, parfait.

    Posté par Tania, 16 avril 2013 à 10:19 | | Répondre
  • Nous rentrons des Baux de Provence,magnifique spectacle sur le génie de cet artiste
    béni de Dieu ! Il n'y a aucun doute.A voir pour rêver et passer 2 heures au Paradis
    Sa peinture, ses couleurs, ses motifs, sont autant de secrets dévoilés!
    Il est temps de comprendre que le Judaisme éclaire le monde, et l'éclairera encore
    longtemps.
    Ce spectacle dure presque toute l'année 2016.

    Posté par Napo33, 02 mai 2016 à 19:27 | | Répondre
  • VISITE AU MUSEE DE LANDERNEAU / CES 2 HEURES SONT PASSEES SI VITE ET DES LE PREMIER TABLEAU LE CHARME DE CHAGALL EST APPARU SI BIEN QUE LA FOULE A DISPARUE. ENCORE QUELQUES JOURS POUR LE VISITER N HESITER PAS DE VOUS ARRETER TANT DE BEAUTE ET D EMOTIONS.....

    Posté par LOUISE, 28 octobre 2016 à 16:15 | | Répondre
  • il me semble que vous vous êtes un peu emmélé les pinceaux dans les femmes de Chagall, mais peu importe, la trame de l'histoire est bonne...
    .

    Posté par gyzel, 11 juillet 2017 à 19:46 | | Répondre
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