31 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Silvia Baron Supervielle

sans aller vers la mer
ni venir vers le fleuve
ni traduire le murmure
momentané de l'ombre
sans reprendre l'aventure
à la dérive et l'amour
enfoui dans la tranchée
ni retrouver la plaine
suspendue aux étoiles
ni parler du territoire
de l'espace dépris
de son pays

Silvia Baron Supervielle - Autour du vide - Éditions Arfuyen (2008)

 


BARON SUPERVIELLE

Silvia Baron Supervielle est née à Buenos-Aires en 1934. Sa mère qui mourut lorsqu’elle avait un an était uruguayenne de descendance espagnole et son père était argentin de descendance française. Elle commença à Buenos-Aires son travail littéraire, en espagnol, sa langue natale, écrivant des poèmes et des nouvelles. En 1961 elle arriva en France et se fixa à Paris où, après une longue période de silence, elle poursuivit ses écrits directement en français et fit de nombreuses traductions de l’espagnol en français et vice-versa.

 

 

 


POÉTISONS

Je reprends mon rendez-vous hebdomadaire avec la poésie, et vous propose de poétiser avec moi en répondant en commentaire, soit par un poème du même auteur, soit par un poème sur le même thème. 

La règle du jeu est ici

Vous pouvez me suivre sur Facebook

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20 mars 2013

DANIEL MORDZINSKY : un portraitiste argentin talentueux

Daniel Mordzinski

J'ai eu l'occasion de rencontrer Daniel Mordzinsky au Festival America (c'est là que j'ai pris cette photo). Aux côtés d'auteurs chiliens et argentins (Luis Sepulveda, Elsa Osorio, Eugenia Almeida...), il défendait cette écriture sublime, née des dictatures et des répressions, ces cris d'espoir germés dans le terreau du désespoir. Lui-même porte l'âme des écrivains, soutient leur plume, en dressant d'eux de saisissants portraits photographiques.

Daniel a co-signé avec Luis Sepulveda "Dernières nouvelles du Sud", paru chez Métailié en avril 2012. C'est la chronique d'un voyage au sud du 42° parallèle... que les deux compères ont accompli avec, en tête, une devise patagone : "Se hâter est le plus sûr moyen de ne pas arriver". Ensemble, ils ont écrit "un recueil de nouvelles posthumes", comme le dit Sepulveda. Les photographies de Daniel ponctuent les propos de Luis. Un livre d'une belle splendeur !

Daniel Mordzinsky est un personnage aimable, facétieux, charmeur, chaleureux, un brin taquin. Comme on peut le lire sur la 4° de couverture de Dernières Nouvelles du Sud, il travaille depuis trente ans à un ambitieux "atlas humain" de la littérature.

Et voilà précisément l'objet de ce billet. Hier, RUE 89 CULTURE (ici) évoquait "la colère et la peine" du fantastique photographe : 50 000 photos, prises entre 1978 et 2006, ont disparu du bureau du Monde à Paris, où il conservait des milliers de négatifs et de diapositives originales. "Vingt-sept ans d'attentes, d'espoirs, de noeuds dans la gorge, de nuits blanches, d'angoisses". Pour Daniel, il s'agit d'un "profond mépris pour un travail qui fait partie de la mémoire de notre culture contemporaine".

El Tiempo.com (ici) de ce matin relaie l'information, et Daniel, sur son site, explique ce qui vient de se passer (ici).

Acceptez-vous de relayer ce billet sur vos blogs, sites, pages FB, Twitt... Il faut que cette ignominie soit connue ! Je vous en remercie et, à la manière de la dédicace que Daniel m'a accordée : "Con un abrazo"

Une galerie de photos, prises par Daniel Mordzinski ici

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LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

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Sentier

Sentier droit
Frayé dans l'herbe
Par le peigne des pieds nus
Comme traversant les cheveux
De la terre,
Crâne réchauffé par le sommeil
Et prêt à s'effondrer
De l'automne, librement,
Comme de la vie, les vieillards.

Ana Blandiana - L'oeil de cigale (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1981

19 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

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Soleil de l'insomnie

Soleil de l'insomnie,
Blanc métal fondu,
Insupportable sur la rétine,
Traversant la paupière,
Veille éclatante,
Regard sans le moindre espoir d'ombre
Me tenant suspendue
En haut, au-dessus de tous les sens,
Au-dessus du noir si doux,
Attenant, de l'enfer,
Dans la plus cruelle et impudique
Lumière
Dont je ne veux que
Tomber, tomber...

Ana Blandiana - Étoile de proie (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1985

18 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

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Le piège

Je le ferai ainsi :
Le miroir à la place de la pierre.
Et à la place du nom,
encore un autre miroir.
Ce sera comme un piège
Dans lequel vous tomberez
Enfin.
Peu m'importe que personne ne saura
L'endroit de ma tombe,
Lorsque vous irez vous pencher au-dessus d'elle
Curieux de voir
Qui y repose
Et où vous n'y verrez
Que vous-mêmes.

Anna Blandiana - L'architecture des vagues (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1990


17 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

salon du livre


Pour sa 33ème édition, le Salon du livre met à l'honneur les Lettres Roumaines. Vingt-sept auteurs roumains seront présents à Versailles du 22 au 25 mars.

Ana Blandiana

Ana Blandiana est née en 1942, près de Timişoara. C'est une poétesse dont l’œuvre est emblématique d’une littérature entre les tensions de l’oppression et une tradition vive de créativité. Auteur d’une œuvre délicate presque totalement méconnue en français en dépit de sa notoriété de femme engagée auprès de la société civile, Ana Blandiana est aussi l’auteur d’un roman polyphonique sur les conditions de la création littéraire dans une société fermée et totalitaire. Après la publication de son premier poème paru sous le pseudonyme d’Ana Blandiana, elle fut dénoncée comme « fille d’un ennemi du peuple » et empêchée de s’inscrire à la Faculté pendant quatre années consécutives. Après ce faux départ imposé par le régime communiste, elle se réinscrit en 1963 à la Faculté de philologie de Cluj et publie, en 1964, son premier recueil de poèmes au titre annonciateur de ses engagements futurs : La Première personne du pluriel. Ana Blandiana crée en 1990 l’Alliance civique, maillon essentiel dans la vie de la « polis » après la chute de la dictature. Elle fonde également le Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance, à Sighet (nord de la Roumanie). Elle a été traduite dans de nombreuses langues.

printemps des poètes

Jusqu'au 25 mars, dans le cadre du Printemps des Poètes, je présenterai chaque jour un poème d'Ana Blandiana, en hommage à cette dame, invitée du salon. Chaque page est extraite de l'un des recueils de la poétesse : "Autrefois les arbres avaient des yeux", édité au Cahiers Bleus/Libraire Bleue, en décembre 2005.

 

 

Rencontre

N'aie pas peur.
Tout sera tellement plus simple
Que tu ne comprendras
Que bien plus tard.
Tu attendras au début
Et tu n'auras de la peine
Que lorsque
Tu commenceras à croire
Que je ne t'aime plus,
Mais alors je mettrai
Un brin d'herbe à pousser
Dans un coin connu du jardin,
Qu'il arrive jusqu'à toi
Et te murmure :
N'ayez pas peur,
Elle est bien
Et vous attend
À mon autre bout

Anna Biandana - Cinquante poèmes (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1970

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16 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

Le masque

 

Une vie imaginaire
sur les villes est posée.
Partout de fausses lumières
sont peintes sur les paupières
des fenêtres enfermées.
Le pâle soleil qui luit
n'est que plâtre sur les pierres.

La vraie ville est dans la nuit.

Jean Tardieu - Le témoin invisible (1943)

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15 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Le Monde Immobile

 

Puits de ténèbres
fontaine sourde
lac sans éclat

présence épaisse
battement faible
l'instant est là

rien ni personne
une ombre lourde
et qui se tait

j'attends des siècles
rien ne résonne
rien n'apparaît

sur ce tombeau
l'espace bouge
c'est ma pensée

pour nul regard
pour nulle oreille
la vérité.

Jean Tardieu - Une voix sans personne (1951 - 1953)

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14 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Locutions
ou
Les Commandements de Dieu

 

"Allez voir là-bas si j'y suis :
Vous trouverez à qui parler.
C'est à prendre ou à laisser.

Non, mais, pour qui me prenez-vous ?
Puisque c'est moi qui vous le dis :
ce n'est pas moi qui ai fait le coup.

Souvenez-vous de mes paroles,
mais si vous me prenez au mot
vous le sentirez passer.

Ah ! puis en voilà assez !"

Jean Tardieu - Monsieur Monsieur (1948 - 1950)

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13 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu, au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes 

 

Ni l'un ni l'autre

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses melleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

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