17 février 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu

 

Étude en DE mineur

 

Le ciel était de nuit
la nuit était de plainte
la plainte était d'espoir.

Les yeux étaient de lèvres
les lèvres étaient d'aube
la source était de neige

Ma vie était de flamme
ma flamme était de fleuve
le fleuve était de bronze

le bronze était d'aiguille
l'aiguille était d'horloge
l'horloge était d'hier :

elle est de maintenant.
Maintenant est de terre
maintenant est de pierre
maintenant est de pluie.

Ma rive est de silence
mes mains sont de feuillage
ma mémoire est d'oubli

Jean Tardieu, Monsieur Monsieur - 1987

van_gogh_nuit_etoilee1

Van Gogh, La nuit étoilée (musée d’Orsay, Paris), 1888

 


POÉTISONS

Dimanche dernier, nous avons poétisé ensemble :  Marilyne,  AnneFransoaz, Florence et moi.

(Clic sur les prénoms pour se rendre sur le site ou le blog)

Qui viendra, aujourd'hui avec nous, donner aux mots leur sensibilité poétique ? Poétisons ensemble, voulez-vous ?
La règle du jeu est ici

 

Posté par C Martine à 05:19 - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires sur LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu

    Voilà ! J'ai fait mes ...


    Devoirs de poésie

    I
    Un bateau pris de boisson raconte ses souvenirs de voyage.
    Vous êtes ce bateau. Vous parlez à la première personne du singulier.

    II
    Un faune, après le déjeuner, croit apercevoir des nymphes. Il veut les perpétuer.
    Vous êtes ce faune. Vs parlez à la 1re personne du singulier.

    III
    Un homme visite le cimetière de son village, au bord de la Méditerranée.
    Il voit des voiles sur la mer et les prend pour des colombes picorant sur un toit.
    Développez cette hallucination.
    Vs êtes ce visiteur. Vs parlez à la 1re personne du sing.

    IV
    Vous êtes le Ténébreux. Vous êtes veuf et vous avez besoin d'être consolé.
    Vous êtes d'ailleurs Prince d'Aquitaine et votre Tour vient d'être abolie.
    Vous considérez mélancoliquement votre sort. Vous demandez qu'on vous rende le Pausilippe et, si possible, la mer d'Italie avec une fleur et une treille qui vous plaisaient beaucoup.
    Quoi que vous fassiez, vs. parlez tjs. à la 1re p. du s.

    Jean TARDIEU, Un Mot pour un autre.

    J'ai adoré relire et redécouvrir ce poète si subtil tant dans la fantaisie que dans l'expression de nos contradictions existentielles !
    Bon dimanche !

    Posté par Florence, 17 février 2013 à 10:17 | | Répondre
  • Très très beau... Je laisse le célèbre La môme néant, et je prends un "poème d'école" au ton bien différent du tien...

    Les sept nains (Jean Tardieu)

    La princesse Blanche-Neige,
    Chez les sept nains qui la protègent,
    Lave, nettoie, époussette,
    Sept fois un, sept...

    ... Lorsqu'une vieille aux jambes torses,
    Sept fois deux, quatorze,
    Lui dit : "Prends ce beau fruit, tiens!"
    Sept fois trois, vingt et un,

    Mais un des nains frappe à la vitre,
    Sept fois quatre, vingt-huit,
    Et lui dit : "Garde-toi bien",
    Sept fois cinq, trente-cinq,

    "De mordre à ce fruit dangereux",
    Sept fois six, quarante-deux,
    "C'est un poison qu'elle t'offre!"
    Sept fois sept, quarante-neuf,

    La vieille, dans les airs, s'enfuit...
    Sept fois huit, cinquante-six.
    Et la Princesse des bois,
    Sept fois neuf, soixante-trois,

    Est sauvée par ses amis,
    Sept fois dix, soixante-dix.

    Posté par Anne, 17 février 2013 à 10:21 | | Répondre
  • Le jour était de cendres
    Les cendres étaient de chaos
    Le chaos était mon âme.

    Mon âme était mon enfant
    Mon enfant était la fraîcheur
    La fraîcheur était ailleurs.

    Ailleurs était la vie
    Ailleurs était le jour
    Ailleurs était l’amour.

    Inspiration conjointe du poème de Jean Tardieu et de ma lecture de Enola game.
    Fransoaz

    Posté par Fransoaz, 17 février 2013 à 12:09 | | Répondre
  • Arg ! En plus j'aime beaucoup ce poème !! Honte à moi de ne pas venir tous les dimanches... Promis, je vais essayer désormais (car je suis loin d'être allergique à la poésie, tu t'en doutes !) Bisous Martine, bon dimanche !

    Posté par soukee, 17 février 2013 à 13:19 | | Répondre
  • Jours pétrifiés

    Les yeux bandés, les mains tremblantes
    trompé par le bruit de mes pas
    qui porte partout mon silence
    perdant la trace de mes jours
    si je m'attends ou me dépasse
    toujours je me retrouve là
    comme la pierre sous le ciel.

    Par la nuit, et par le soleil
    condamné sans preuve et sans tort,
    aux murs de mon étroit espace
    je tourne au fond de mon sommeil
    désolé comme l'espérance
    innocent comme le remords.

    Un homme qui feint de vieillir
    emprisonné dans son enfance,
    l'avenir brille au même point,
    nous nous en souvenons encore,
    le sol tremble à la même place,

    le temps monte comme la mer.


    Jean Tardieu - Le témoin invisible- ( Ed Gallimard)

    Posté par laurence m, 17 février 2013 à 17:56 | | Répondre
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