10 décembre 2012

PARTAGES ; Gwenaëlle Aubry

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Quatrième de couverture :

Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir. Je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une Juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux. J'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblables que je n'ai plus su qui je regardais. Cela m'a fait peur, vite je suis partie, je me suis effacée. En 2002, c'est ta seconde Intifada. Sarah, Juive d'origine polonaise, née et élevée à New York, est revenue vivre en Israël avec sa mère après les attentats du 11-Septembre. Leïla a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Toutes deux ont dix-sept ans. Leurs voix alternent dans un passage incessant des frontières et des mondes, puis se mêlent au rythme d'une marche qui, à travers les rues de Jérusalem, les conduit l'une vers l'autre. Partages est un roman sur la communauté et sur la séparation, sur ce qui unit et divise à la fois. Soeurs ennemies, Leïla et Sarah sont deux Antigone dont le corps est la terre où border et ensevelir leurs morts.


Deux voix, deux voies... qui s'entremêlent, s'enlacent, s'interfèrent, se conjuguent. Qui conjuguent l'histoire du pays sur lequel deux adolescentes viennent poser leur vie. Deux voix : celle de Sarah, jeune fille juive d'origine polonaise, dont la famille a émigré aux États-Unis qu'elle a fuis après les attentats du 11 novembre ; celle de Leila, jeune musulmane de Cisjordanie. Elles se partagent cette terre d'Israël, elles partagent les mêmes rêves d'adolescentes, elles partagent les mêmes émois psychiques des jeunes de leur âge. Elles ne se connaissent pas, mais marchent inexorablement l'une vers l'autre, pour que se partage leur destin. Mais quel est le possible destin commun de ces deux enfants en un lieu où la mort rode inexorablement ? où, de part et d'autre des convictions, chacun, chacune s'accroche désespérément à ses certitudes ?

D'aucuns diront que Gwenaëlle Aubry emprunte les voies déjà explorées du conflit israélo-palestinien (telle cette critique ici). D'autres reconnaîtront à cette auteure des qualités d'écriture et de narration : "Ce sont ces deux voix, ces deux images en négatif d'une même tragédie, que Gwenaëlle Aubry, Prix Femina 2009 pour Personne, orchestre magistralement dans Partages, opéra sanglant qui ne connaît ni mièvrerie ni dogmatisme.", écrit Marianne Payot...
Moi, qui ne suis pas critique littéraire, je ne peux parler que de l'émotion, du trouble que j'ai ressenti en lisant ce texte, écrit d'une seule respiration, en phrases très longues, mais pourtant ponctuées. Les voix de Sarah et Leila disent tant de mots qui se ressemblent qu'il m'est arrivé parfois de perdre le fil de leurs voix. Ces deux jeunes filles, à peine pubères, vivent cette guerre avec leurs tripes, leurs ventres qui devient fécond... qui deviendrait... si le poids des siècles ne pesait pas si lourd, si les défunts n'étaient pas si présents.

« Tous ici, Israéliens et Palestiniens, Arabes et Juifs, comme tu voudras, nous partageons la même folie, c’est elle qui, comme la terre, nous divise et nous réunit. Nous partageons une même hantise, tous, nous sommes habités par des cohortes de morts. » 

J'ai aimé ce roman, comme j'ai aimé ma belle rencontre, le 14 novembre dernier, avec Gwenaëlle Aubry, à la librairie Lucioles de Vienne. Cette dame manie l'oral aussi bien que l'écrit ; elle a su me convaincre quand elle expliquait que ce livre qu'elle m'offrait à lire était un "livre des hantises, un livre de partage[s]". Telle est sa dédicace...

Posté par C Martine à 20:31 - Commentaires [9] - Permalien [#]


Commentaires sur PARTAGES ; Gwenaëlle Aubry

    Si l'on écoute certains critiques, on ne lirait plus rien ... je le prendrai à l'occasion à la bibliothèque.

    Posté par aifelle1, 11 décembre 2012 à 06:39 | | Répondre
  • C'est une bonne idée, Aifelle. Ce roman, même s'il ne représente pas pour moi un coup de cœur, même s'il n'est pas totalement novateur, est vraiment très profond. Gwenaëlle explique que l'un des attentats suicides de la 2ème intifada, où deux jeunes filles ont été retrouvées mortes et que l'on n'a pas pu distinguer dans leurs restes, ce qui était à l'une et ce qui appartenait à l'autre, l'avait bouleversée. Mais elle a ajouté qu'il n'était pas question, dans Partages, d'utiliser cet évènement pour en faire un roman.

    Posté par Littér'auteurs, 11 décembre 2012 à 07:15 | | Répondre
  • Je n'ai pas été enthousiasmée par ce roman. Par contre, certaines de mes élèves qui l'ont lu pour le prix Goncourt des lycéens l'ont adoré.

    Posté par val-m-les-livres, 11 décembre 2012 à 08:48 | | Répondre
    • Je comprends que des adolescentes aient pu être sensibles à ce roman qui parlent de jeunes filles "comme elles", qui ont les mêmes rêves d'absolu qu'elles, mais que le destin a brisé, jusqu'à leurs vies.

      Posté par littér'auteurs, 11 décembre 2012 à 18:07 | | Répondre
  • Ton billet est convaincant, on y ressent ce que t'a donné cette lecture mais, rien à faire, absolument pas tentée, le sujet, le choix des personnages, je ne sais pas.

    Posté par Emmyne, 11 décembre 2012 à 09:52 | | Répondre
    • Je crois que si je n'avais pas été sous le charme de Gwenaëlle, lors de cette rencontre-dédicace à Vienne, je n'aurais pas été tentée de lire ce roman. L'auteure est assez fascinante, elle sait présenter son oeuvre avec des mots qui résonnent;

      Posté par Littér'auteurs, 11 décembre 2012 à 18:21 | | Répondre
  • Comme Emmyne, je ne suis pas du tout tenté par ce roman mais je reconnais que tu as su parfaitement exprimer ton ressenti. Un beau billet !

    Posté par jerome, 11 décembre 2012 à 16:28 | | Répondre
    • Je vais te dire ce que j'ai dit à Emmyne... J'ai adoré la rencontre avec Gwenaëlle Aubry. Elle était telle que je ne pouvais qu'aimer ce roman. Un pouvoir de persuasion, une belle qualité de communication... Et son livre m'a plu !!!

      Posté par Littér'auteurs, 11 décembre 2012 à 20:53 | | Répondre
  • T'ai-je dit que je l'ai trouvé chez le bouquiniste ? Je m'en réjouis d'avance, à te lire !

    Posté par Anne, 16 décembre 2012 à 10:38 | | Répondre
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